Une méthode infaillible pour durer en politique

Si vous êtes un responsable et que vous n’avez pas de vision, mais êtes conscient qu’il faut entreprendre quelque chose pour justifier votre poste, ne désespérez pas, une méthode infaillible existe.

Il faut d’abord mettre sur pied une “démarche participative” ou créer un “groupe de travail”. L’expression Démarche participative est plus en vogue dans le milieu politique. Cela fait très démocratique. Groupe de travail sonne plus business. Mais là n’est pas l’essentiel. La création de cette entité vous permettra de diluer votre responsabilité et de remettre aux calendes grecques les projets dont vous avez la charge. Eh oui, vous avez bien compris, grâce à cette méthode vous pouvez durer sans rien réaliser, c’est-à-dire sans jamais prendre de risques. En revanche, vous devez aimer les séances. Chaque méthode a ses contraintes.

Un exemple pris au hasard

Imaginez que vous êtes en charge de l’urbanisme de la ville de Neuchâtel. Vous êtes censé avoir une vision pour le développement de votre ville. Si ce n’est pas le cas, ayez recours à la méthode infaillible.  Comme évoqué, vous instaurez une “démarche participative”. Les citoyens viennent à une séance et chacun y va de ses exigences. Et là, c’est le jackpot. Toutes ces propositions vous permettent de créer un deuxième groupe de travail chargé d’évaluer les propositions. Et si par malheur ce groupe avance bien et rend rapidement ses conclusions, vous nommez un groupe d’experts chargé d’évaluer la faisabilité du projet. Normalement, là vous êtes tranquille, mais pour plus de sécurité il est conseillé de nommer deux groupes d’experts. Comme les directives seront légèrement différentes, vous pouvez in fine mandater un spécialiste indépendant charger de vous remettre un rapport sur l’état de la question. Si vous êtes un génie de la méthode, il n’est pas interdit de mettre sur pied une démarche participative pour discuter des conclusions de l’expert.

Attention, ne perdez jamais de vue que le but ultime de cette méthode est de gagner du temps et diluer vos responsabilités. Car si on vous accuse de ne rien proposer, rétorquez “le projet avance, mais dans le cadre de notre démarche participative nous sommes en train de mener des études complémentaires pour évaluer la faisabilité d’un projet bien plus ambitieux.”

Lu dans L’Express:

Quand le participatif se politise: «Ça y est, la campagne en vue des élections communales du 27 novembre est lancée! Et elle se joue sur l’un des engagements phare du Conseil communal sortant: les processus participatifs, poussés à Neuchâtel à un degré peu commun. En matière de projets urbanistiques, il faut rappeler que la démarche est née d’un traumatisme: le rejet populaire du «rond-point carré» de la place Numa-Droz en 2013. Dorénavant, l’exécutif communal allait consulter largement et longuement pour éviter un nouveau référendum.»

Et le PDC remarque aussi qu’il y a un problème (qu’il utilise, quoi qu’il en pense ou dise, pour faire campagne): Un programme électoral pour conseillers communaux en panne d’inspiration!

Quelques lignes directrices pour Conseiller communal

  1. Avoir des idées et un programme, c’est ce que l’on est en droit de demander à tout candidat au Conseil communal.
  2. Appliquer le programme au mieux suite à l’élection.
  3. Le lieu du débat c’est le législatif – ou un vote populaire suite à un référendum.
  4. La démarche participative, outre le fait qu’elle relève d’un manque de vision, est un déni de nos règles démocratiques. Ce n’est pas à une poignée de citoyens qui ne sont pas élus de débattre de projets qui concernent la ville.
  5. Une personne qui n’a aucune idée et ne décide rien avant une démarche participative, n’aura toujours pas d’idées et ne décidera rien après. Même participative, la démarche ne contentera jamais tout le monde.

Bonus

On apprend que des “ateliers participatifs” seront organisés pour créer un projet de jardin potager. Si les résultats sont aussi bons que pour l’urbanisme au centre ville, la jachère risque d’être longue.

Allez à bientôt.

Une réflexion sur « Une méthode infaillible pour durer en politique »

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